Villers-Outréaux... un village presque comme les autres

Patrimoine textile

 

Au XVIIIe siècle à Villers, on trouve bon nombre de personnes exerçant la profession de mulquinier (rien que sur mon arbre généalogique, j'en compte une centaine habitant Villers). Le mulquinier est l’ouvrier qui tisse les batistes, étoffes de toile fine de lin utilisées pour l’habillement. L'épouse du mulquinier est souvent fileuse.
Les batistes sont fabriquées essentiellement dans le Cambrésis. Le lin est sans doute cultivé dans le Cambrésis. Etapes de la culture du lin.


Champ de lin


Fleurs de lin


L’appellation "mulquinier" est dérivée du vieux mot molaquin ou mollequin qui est une étoffe de toile fine que nos ancêtres utilisaient pour leur habillement. Souvent, le mulquinier achète directement le fil aux fileuses des villages (ou faisait faire le fil par son épouse) et travaille dans sa cave. On donne le nom de batiste à ces toiles fines de lin. Toutefois, les mulquiniers et les tisseurs n’utilisent jamais ce mot pour désigner leurs fabrications, mais les appellent des toilettes ou linons.

Le métier de mulquinier est souvent une seconde occupation. En effet lors de la belle saison les gens travaillaient aux champs. L'hiver venu, ceux ci descendent dans leurs caves où est installé le métier à tisser ou « étile ».

Ces artisans ruraux passent entre 10 à 14 heures par jour à pousser la navette de leur outil de travail.
C'est dans le tissage que les habitants ont trouvé non seulement une occupation secondaire, lorsque les travaux des champs ne les retiennent pas, mais aussi et surtout une profession lucrative, plus rémunératrice certes et moins dure que la culture des champs.

Le fil de mulquinerie est un fil de plus ou moins grande finesse qui n'est employé qu'à la fabrication des toilettes et de la dentelle. Le fil de lin avant d'être travaillé, est peigné à la brosse de soie de sanglier par la fileuse afin d'en retirer l'étoupe. Ce déchet, l'étoupe est filé plus gros et sert à la confection de toile de ménage ou linge de table. Il est facile de comprendre que plus le fil est fin au départ, plus il donne de longueur à l'arrivée, ce qui augmente la plus valu.


Fileuse avec son rouet

 

La filature : on utilise pour cela les rouets ou moulins. Le fil est ensuite ourdi pour pouvoir être vendu. La chaîne ourdie est confiée au mulquinier. L'ouvrier pour façonner sa toile utilise l'otil, métier composé de quatre pieds, reliés par des traverses. Le tisserand peut ainsi produire dix à douze mètres de tissus sur sa journée. Les toiles achevées sont ensuite portées au blanchisseur.

Les tisseurs de Villers s'appliquent à la confection des linons, des tissus divers, des jacquarts, des plissés, etc en un mot de ce que l'on appelle les articles de St-Quentin et même de Roubaix, sans parler des broderies sur tulle et des articles écaillés dans lesquels excellent les ouvrières de Villers-Outréaux.


un mouchoir de batiste

Le succès des toiles du Cambrésis, tant en France qu’à l’étranger (Italie, Espagne et d’autres pays plus éloignés), a incité d’autres villes (Valenciennes, Douai, Péronne, Saint-Quentin, Bapaume...) à se lancer dans la fabrication de toiles, qu’elles vendent sous le nom de toiles de Cambrai. Sous le Premier Empire, 350 000 pièces de batiste sont ainsi fabriquées dans la région de Cambrai. Cette extension géographique de l’industrie du lin entraîne une baisse de la production dans le Cambrésis proprement dit. L’apparition de nouveaux tissus, comme les mousselines, concurrence également la batiste. Le perfectionnement de la filature de coton et l’apparition des machines, la crise de 1788-1789, contribuent à la diminution de sa fabrication et à partir de la Restauration, la production ne cessa de diminuer. En 1844, on n’en tisse plus que 90 000 pièces. C’est à la fin du XIXe siècle, que disparait complètement cette industrie. Source

A Villers, les mulquiniers sont devenus des tisseurs au XIXe siècle, puis brodeur au XXe siècle.

Les premiers métiers mécaniques à broder en provenance de Saint-Gall sont installés à Saint-Quentin en 1868, et essaiment vers Beaurevoir, puis à Villers-Outréaux.

En 1888, Jean Baptiste Richez aurait été le premier villersois à installer un métier à bras dans notre village. Le fait a sans nul doute créé un événement à Villers où à cette époque les métiers à tisser sont encore nombreux.

Le métier à bras est un métier qui reproduit exactement le mouvement de la brodeuse à la main et qui permet de réaliser des fabrications très fines.

Achille Ducamp a été une des premières personnes qui a été apprendre en Suisse à broder au pantographe.

La brodeuse mécanique


métier à broder à pantographe


détails du métier à broder à pantographe

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Ces métiers à bras sont remplacés par des métiers automatiques de type Jacquard dans les premières années du XXe siècle. Les premiers sont installés à Caudry en 1906 et à Villers-Outréaux en 1910. Les métiers dits "à fil continu" sont pourvus de navettes (une navette par aiguille). Au lieu de reprendre le principe de broderie à main, on adopte le principe de la machine à coudre, le fil étant maintenu par la navette.

Puis le mécanisme est entrainé par un moteur électrique d'une puissance d'un cheval. Puis viendra l'électronique, perfectionnant la qualité et la quantité, puis viendra l'informatisation.

Près de 100 % des métiers de notre village sont fournis par l'entreprise Saurer basée à Arbon en Suisse. La maison Saurer a été fondée en 1853 par Franz Saurer, elle a été tout d'abord une fonderie puis un atelier de construction mécanique. En 1920, près de 4 000 ouvriers y sont employés.

En 1975, on compte à Villers 141 fabricants avec 403 métiers, 271 façonniers avec 368 métiers, ce qui totalise 412 entreprises avec 761 machines à broder, pour un total de 820 métiers dans toute la France (chiffres non sourcés).

Des débuts à quelques points à la minute 10 à 14 h par jour, la machine permettra dans les années 2000 à passer à près de 1000 points à la minute 24 h sur 24. Malheureusement le marché lui progressera de façon inversement proportionnel.

Jusque dans les années 1990, la commune possède à elle seule 50 % du total des métiers à broder mécanique en France, et en comptant les communes voisines, 76 %. C'est pour cela qu'elle est appelée la capitale française de la broderie mécanique.

Etat de la broderie mécanique à Villers Outréaux en 2008.

 


Achille Ducamp sur un métier à bras et le dernier né des métiers des Ets Saurer : 130 ans d'évolution

 

La création d'une Maison de la Broderie est dans les idées depuis 1977, mais n'est inaugurée que le 17 octobre 1984 en présence du Ministre du commerce et de l'artisanat de l'époque. Conscient des problèmes de leur profession, les brodeurs veulent unir leurs efforts en vue d'assurer la cohésion d'une profession fort complexe qui regroupe artisans, industriels, chargeurs, fabriquant, façonniers etc... La construction de cette Maison de la Broderie a coûté 1 148 759 francs et a été subventionnée à hauteur de 70 %, le reste étant la participation communale.

Elle a maintenant pour vocation de faire découvrir aux visiteurs l'évolution de la broderie industrielle, activité phare de Villers-Outréaux. Visite libre et guidée en vidéo sur l'industrie de la broderie : explication du travail effectué sur différentes machines et métiers.

Pour en savoir plus sur la fabrication du macramé :

Broderie macramé

 

Visite impromptue à la maison de la broderie lors des journées du patrimoine de septembre 2018.

 

PENELOPE

En 1979, l'association des fêtes et loisirs, considérant que Villers est un centre de Broderies, sinon la Capitale, elle se devait de prendre comme symbole une brodeuse en la personne de Pénélope, personnage de l'antiquité comme géante et ambassadrice du village.

Pénélope, femme d'Ulysse et mère de Télémaque, oppose un refus à tous ceux qui demandent sa main en l'absence d'Ulysse (qui dura 20 ans). Appelant la ruse à son secours, elle promet de faire un choix lorsqu'une toile qu'elle brode serait terminée. Mais elle démonte la nuit tout le travail réalisé le jour.

Sources :

Recherches de Bernard Bancourt et Yvon Prez.

 

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